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SÉNÉGAL-VERS UNE CONSCIENCE COLLECTIVE
Texte paru le 2005-09-01 dans Karactère

Sommes-nous au pays de la cacahuète, de la thiéboudienne et des boubous en couleur? Il n’y a aucun doute lorsque l’on regarde d’un œil intéressé le paysage du Sénégal. La population arbore un sourire invitant, les hommes nous abordent avec une conversation accueillante et les femmes s’affichent d’une manière à la fois affriolante et décidée. Mais si l’œil s’intéresse de façon plus avertie, on conçoit aisément que la réalité quotidienne de cette population est bouleversante : l’inaccessibilité de plusieurs ressources due à une mauvaise répartition nuit à leur volonté de s’organiser afin de minimiser la pauvreté évidente.

Mais pourquoi investir notre temps, notre implication dans des projets de coopération internationale alors que la vision tellement différente de celle à laquelle nous sommes habitués en Occident est inconcevable puisque si loin de notre réalité? Pour qu’une société évolue et se développe, une répartition équitable des ressources est nécessaire de même que leur accessibilité ainsi qu’une éducation gratuite pour l’ensemble de la population. Le stage dans lequel j’ai eu l’occasion de m’engager visait le droit des femmes et la démocratie participative pour un développement durable. Dans un pays où la religion est à 90% musulmane, le rôle de la femme est déterminé par la religion, les cultures et les traditions. Ces trois facteurs encadrent la femme dans une structure sociale et familiale stricte où son rôle d’épouse, de co-épouse ou de mère la confine dans un espace économique et domestique restreint. Depuis 1999, le Sénégal a voté une loi qui interdit la mutilation sexuelle féminine; l’excision. Cette coutume violente est non seulement une pratique encore courante dans les communautés traditionnelles, mais la proposition du code de la famille (loi civile) basé sur la charia (loi musulmane) en demande l’abrogation. Dans cette société polygame, le statut juridique des femmes sénégalaises est pour le moins partagé, ici la polémique entre l’Assemblée nationale du pays et le Tribunal musulman divise les valeurs que soutiennent les individus, mais ne nous détrompons pas, les femmes brandissent haut et fort leur volonté. C’est ainsi et pourquoi, avec cinq coéquipiers, je me suis engagée à vivre le quotidien de femmes sénégalaises.

Et quel quotidien! Là-bas, le travail de la femme est nécessaire au développement de la vie familiale. Tout se fait à la main : la longue préparation des repas, avec brûleur et pilon-mortier, les travaux ménagers, la lessive, balayer la maison du sable qui envahit incessamment les paliers, aller chercher l’eau au puit, aller au marché pour faire les achats quotidiens puisqu’aucune autre méthode de conservation ne permet une routine moins encadrée. Écailler le poisson, s’occuper de ses enfants et de son mari, même se laver à l’aide d’un sceau d’eau demande toute une organisation et du temps. Quand on les questionne, les Sénégalaises disent ne pouvoir départager si la religion ou la tradition confine les rôles. De cet amalgame hétéroclite, il n’en demeure pas moins que même si l’homme ne travaille pas dans la maison, l’activité des tâches domestiques et celles de prendre soin des autres membres de la famille revient à la femme. Même si de plus en plus de femmes sénégalaises s’émancipent sur le marché du travail, notamment en milieu urbain, son travail domestique demeure la plus grande amplitude du travail qu’elle accomplit.

Mais qu’est-ce que cela a bien pu donner? Qu’est-ce que cela a bien pu changer de réaliser un tel stage? Si ce n’est que de contribuer à véhiculer des valeurs, si ce n’est qu’apprentissage sur nous-mêmes, c’est au moins se donner des outils afin de se développer. Je constate que l’enrichissement personnel que j’ai pu retirer de cette expérience est sûrement l’apanage le plus grand d’un tel périple. Il aura servi à une volonté de développement durable, il aura servi philosophiquement à continuer à croire qu’ensemble, par le partage des ressources et par l’éducation, le développement d’une société, d’individus, se poursuit. Bien sûr, les sourires et les regards illuminés et bienvaillants qui nous sont dirigés, empreint d’espoir, l’espoir de vivre, l’espoir d’une justice sociale, évoquent toute l’importance de cette aide internationale, mais au-delà de cette pensée, si ce n’était que vous, si ce n’était que votre cœur que j’aurais touché, il aura au moins servi à cela…


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