La France. Pour moi c’est d’ores et déjà Paris et ses périphéries. Je ne suis passée au centre que grâce au train vers une autre direction. Peut-être parce que la France, sans même l’avoir vue, nous donne cette impression de la connaître. Comme un endroit où nous avons le sentiment d’avoir déjà vécu. Mais la France est pourtant bien différente de notre réalité québécoise…
Il y a tout de même quelque chose d’indélébile dans ces petits voyages. Est-ce le « Miss », avec un accent soprano sur le « i » et prononcé à la française sans aucune allusion à ses origines anglaises, reçu en plein cœur de sa plage de magnifiques galets alors que je m’extasiais sur mon fantastique crottin de chèvre en appréciant les coquettes couleurs des maisons derrière la promenade des Anglais avant de me rendre en Italie? Est-ce Toulouse, la cosmopolitaine, bien plus que rose pour moi, avant de traverser les Pyrennées? Paris en banlieue chez des amis parce que rencontrés en périple ou la belle Annecy de la Haute-Savoie parce qu’à la frontière de la Suisse? Inévitablement, la France est devenue une terre d’arrivée et de départ, terre d’accueil. Je ne l’ai jamais choisie et elle est devenue. C’est tout dire. Et pourtant.
Passons-nous moins de temps à tenter de découvrir ce que l’on croît connaître? Je ne sais pas. Néanmoins, la trace de mes ancêtres me mène, comme plusieurs Québécois, à un port de Normandie. Il ne me suffirait plus qu’à aller rechercher, les doigts virevoltants dans les vieux et si précieux papiers jaunis, pour savoir où mon ancêtre, qui a construit l’une des six premières seigneuries en Nouvelle-France, habitait sur le territoire français.
Évidemment, la généalogie profite de l’explosion de la technologie et aujourd’hui, on a à peine à les faire virevolter ses doigts sur des ouvrages jaunis et poussiéreux. Mais on peut y penser, j’y trouve une romance et une admiration. Pour le passé. Dans l’antre de l’Histoire. On peut faire de la généalogie historique, replacer les individus dans un contexte social, économique et politique, mais on peut aussi faire de la généalogie théorique, celle qui retrace ses ancêtres en partant d’un individu.
La généalogie a ceci de particulier qu’elle nous lie avec nos racines profondes. Cet esprit de famille. Ce sentiment d’appartenance à un clan, un groupe. Ce groupe qui, bien que rassembleur, joint des individualités. Et c’est sûrement la force du clan, s’enrichir de la différence de l’Autre. Même si on ne change pas les cygnes et les canards. Cependant, il est évident que la généalogie est le constat des racines patriarcales. Les patronymes des pères nous ayant été légués. Tout pour susciter l’ire des matronymes parce que, diantre, on ne dit pas les patronymes féminins. Et quand bien même les patronymes des mères nous seraient donnés, on voit bien que c’est stérile comme avancement féministe. On irait où en généalogie avec ça? Après une génération on reviendrait à la généalogie patriarcale de notre descendant. Case départ. Pusillanime.
Et finalement la France m’inspire. Même si sur la route de mes premiers baluchons je l'ai évité. J’ai l’impression d’avoir sa gastronomie dans mon assiette, ses chansonnettes en sourdine et ses auteurs en intérêt. Et ce qu’elle est diversifiée! C’est la simplicité et l’effervescence à la fois. Comme Voltaire le disait en parlant du Champagne : « De ce vin l’écume pétillante, de nos français est l’image brillante. » Il faut le dire, cette image rayonne à l’extérieur de ses frontières.
Je crois que la France c’est un peu « La Quête » de Brel qui m’y a amenée. Chaque chose en son temps. Et le temps actuellement me dit « Envoye’à maison » par la voix de Ferland. Avec la même nostalgie et le même espoir. C’est ça l’équilibre de la passion.
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