En espagnol digno veut dire digne. Dignòra c'est presque la sainte dignité puisque c'est d'abord et avant tout le nom de notre femme de chambre enceinte de cinq mois. Elle travaille six jours par semaine, entre dix et douze heures par jour. Elle gagne 100 pesos dominicains par jour(environ 3,33 dollars canadiens). C'est son troisième enfant, son mari n'a pas de travail pour l'instant. Digne Dignòra. Pléonasme obligé. Voyageant moi-même pour la première fois avec mon garçon qui a cinq mois, je ne peux que constater le décalage évident avec notre propre système néanmoins et bien sûr très critiqué. Évidemment, plus nous voyons notre condition s'améliorer, plus nous poursuivons cette quête du possible. C'est humain.
Il y avait quatorze ans que je n'avais pas mis les pieds sur la terre d'Hispaniola. Quatorze ans. Et pourtant, est-ce le but du voyage qui est le même, tout semble identique, incluant la coiffeuse sur la plage. Il faut mettre à part, bien évidemment, les nouveaux sourires qui sont toujours originaux pour leurs sensations. En effet, à toutes fins pratiques, le but du voyage est le même: les vacances. Être en vacances, se sentir en vacances, vivre l'esprit de vacances. De toute évidence, le soleil et les palmiers aident à l'objectif recherché. D'autant plus que je ne le sais pas encore, mais ce sont mes fiançailles! Ou plutôt un engagement symbolique qui, en empruntant toutefois quelques préceptes à notre histoire judéo-chrétienne comme l'anneau, nous représente mieux. Il n'y a pas à dire, avoir un enfant et l'engagement sont deux choses lesquelles un être humain ne peut passer à côté pendant sa vie si courte soit-elle. L'Amour envelloppé.
Si la première ville colonisée, découverte bien sûr par nul autre que Le Christophe Colomb de Gaspé, de Lisbonne ou de Gênes, c'est selon l'endroit de l'Histoire sur lequel nous voulons bien nous attarder, celle dont nous nous souvenons puisqu'on s'y est attardé, si la première ville colonisée se trouve ici en République dominicaine, la vie y est aujourd'hui bien difficile pour une grande majorité de Dominicains. Muy cara. Mais tout est relatif. Dans un de ces nombreux musées de l'Ambre, dénommés ainsi pour les touristes, il suffit de jeter un oeil avide vers la fabrique à bijoux pour s'apercevoir qu'elle découvre des travailleurs ayant à peine dix ou onze ans. Pas du travail acharné, du travail qui leur permet de manger. Contre le travail des enfants, mais contre la famine d'abord. Rien n'est parfait alors tout est relatif.
Un des pilliers de l'économie dominicaine est sans aucun doute le tourisme, en toutes saisons. Évidemment chaque médaille a son revers et la République dominicaine a une problématique impressionnante en matière de tourisme sexuel. À cet égard, deux centres d'accueil pour femmes ont été ouverts, l'un pour les femmes victimes de violence, l'autre pour celles victimes de trafic. La République dominicaine a ratifié en 1982 la Convention pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et, en 2001, le Protocole facultatif. Les statistiques démontrent que la pauvreté des Dominicaines est criante, beaucoup d'entre elles ont leur première grossesse à l'adolescence et donneront ensuite naissance à de nombreux enfants. L'emprise de l'Église catholique sur la société explique le maintien de l'interdiction de l'avortement, qui se traduit par exemple par des pratiques d'avortement hors surveillance médicale. La prostitution s'avère une source de revenus à laquelle de nombreuses jeunes femmes recourent faute de trouver un emploi.
Enfin, c'est un regard trop bref pour être une analyse juste. Il vaut mieux demeurer circonspect. J'en déduis seulement que mon fils ne l'a pas choisi, mais il est né au Québec. Dans ce beau système critiqué. Parce qu'on doit s'améliorer. Quelle chance. Nous pouvons améliorer notre sort déjà pas mal avancé. Pas mal avancé si on se compare. Parce que l'adage est toujours vrai: Quand on se regarde on se désole, mais quand on se compare on se console. La chance c'est de pouvoir se consoler justement. Pour consoler un peu Dignòra, puisqu'elle ne critique pas beaucoup son système, mais elle est quand même en quête identitaire, mon fils laissera pour son fils en devenir quelques vêtements et un peu plus: parce que c'est nécessaire. Pour le mien comme pour le sien.