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LES KEYS É-U
Texte paru le 2009-06-01

«(...) la plus grande ombre ou la plus grande lumière»

Baudelaire

Je dis ne pas m'y reconnaître et pourtant. En creusant. On trouve dans les extrêmes d'ombre et de lumière une misère colérique et une beauté inouïe. C'est exactement l'image que j'ai des États-Unis d'Amérique. Si puissant, si grand pays. Si triste aussi. Combien adoré à travers le monde, individuellement peut-être, et combien détesté ouvertement et individuellement peut-être. Paradoxe humanitaire.

C'est mon voisin. Le pays voisin d'où je détiens un passeport. Imaginez que plusieurs hectares me séparent de ses antipodes. Quelle grandeur l'Amérique. Dans toute sa plénitude. Voisins et semblables tellement. Voisins et différents tellement. Bon, d'aucuns diraient sûrement que c'est mon Amour pour la France qui voit tellement sa différence s'afficher. Je parierais que non, pas seulement ça.

J'ai suivi ce paradoxe à plusieurs reprises sur la Côte Est. Mais dans toutes les contrées on en entend parlé. Il faut vivre au moins une fois l'expérience de quitter le Nord en voiture en hiver pour apprécier l'évolution des saisons et arriver au Sud inévitablement en été. Key West se révèle un véritable paradis. Mais si les États-Unis représente l'effervescence, il impose aussi des limites. La grandeur, la recherche des plaisirs rapides auxquels de nombreuses personnes aspirent, évidemment la nourriture, le sexe et les biens matériels peuvent aussi devenir la tare d'Icare. Bien loin de ce que l'héritage d'un épanouissement dans la petite enfance nous procure normalement à long terme vous me direz. Un puits de joie serein n'est malheureusement pas la norme.

Si dans plusieurs pays les disparités sociales ou économiques se distinguent géographiquement par le Nord et le Sud, il n'est pas si révélateur de faire cette équation au pays de l'abondance. Il y a une problématique inhérente à la condition des femmes, notamment dans les grandes villes cosmopolitaines états-uniennes. La traite des personnes, particulièrement celle des femmes et des enfants à destination des États-Unis. Il y a une dimension raciale à la traite bien sûr. Nous savons tous que ce commerce est profitable et a des retombées lucratives importantes pour les organisateurs. Sans aucun doute. Ni besoin de preuves à l'appui. Mais les victimes. Alors là il faut une preuve solide. Évidemment. Nonobstant que ce sont pour la plupart des femmes ou des enfants qui sont induits par la tromperie ou contraints à se soumettre à une servitude dont ils ne pourront se libérer, il appert qu'une quête d'un conte de fée puisse être à ce point important à réaliser qu'elle les transportent loin de leur misère, de leurs difficultés ou tout simplement une perception de la réussite. En réalité, leur imagination s'avère une douleur, une angoisse et bien souvent différente de ce qu'ils imaginent. Contraints à travailler illégalement et souvent pour autre chose que ce à quoi ils se sont engagés, les illusions sont en vente libres, elles, et elles doivent se payer chères pour recouvrer la liberté dans une certaine réalité.

Si la traite est destinée à alimenter les demandes de prostitutions à travers le monde, aux États-Unis, elle se chiffrerait entre 40 000 et 50 000 femmes ou enfants à chaque année. Évidemment comme leur entrée aux États-Unis est illégale, la victime est complètement dépendante du trafiquant.

C'est une vie en parallèle. D'aucun la connaisse ou la reconnaisse. Comme Hemingway le dit: «La seule écriture valable c'est celle qu'on invente...C'est ça qui rend les choses réelles». Mais un récit changerait-il quelque chose à la réalité dans ce contexte? Pas seulement ça. Il faudrait l'éveil de la conscience collective instantanée, engagée et volontaire, tout cela à la fois, tout cela en même temps.

Dans une vie perpendiculaire, pour se sustenter, les États-Unis sont loin d'être uniquement le régime du "manger rapide" comme on se plaît à le dire. Au pays de l'abondance, il y a la diversité. Les pétoncles frits de Kennebunkport ou de Martha's Vineyard, les crevettes au citron de Long Island Beach, les petites écrevisses de la Floride sont des exemples lilliputiens en terre promise. Il faut absolument se rendre jusqu'aux Keys, ce petit chapelet d'îles de 250 kilomètres reliées par un pont, et pas que pour y déguster le stone crab. Key West inspire. Pas seulement que pour y manger. Pas seulement ça. Pas étonnant qu'Hemingway y écrivait de la poésie.

Néanmoins, je l'admets, bien que par idéologie je ne m'y reconnais pas toujours, pour y avoir voyagé, sur la côte Est seulement!, j'y trouve parfois mon revers et même mon face. À l'ombre on peut parfois trouver la lumière...


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