Itinéraire en Égypte janvier 1999.
En plein mois de ramadan, un mini-bus nous emmène aux confins du désert du Sinaï jusqu’au Caire en partance de Dahab. S’il est composé de dunes de sable dont l’horizon est infini, il arbore aussi des blocs montagneux rosés. 10 heures, au moins dix. Dix heures d’inconfort, de crainte que le chauffeur à l’écoute de la musique criarde de son radio ne s’endorme au volant puisque malgré la chaleur accablante, il ne peut ingurgiter quoi que ce soit qui lui permettra de maintenir une hydratation nécessaire…Au bout de ce périple : le Caire.
Et ce n’est pas une petite ville à la sortie du désert, elle est grande, immense, bruyante. Les muezzins du haut de leur minaret qui crient à toutes heures de la journée(au moins cinq fois par jour multiplié par autant de tours pouvant être entendus à la fois!!) est un bruit à apprivoiser lorsqu’il n’a pas été partie prenante de notre éducation. Le bruit est infernal, le klaxon sert de clignotant et les voitures s’entremêlent dans les charrettes tirées par les ânes ou les bœufs en plus des 15 millions d’habitants, uniquement au Caire!, qui se côtoient dans les rues. Ainsi, il est aisé de comprendre que la frénésie de la ville se change en cacophonie par endroit. On voit la pollution au voile apparent de l’atmosphère et les poulets, vendus vivants, ou morts et tête tranchée si on y ajoute l’équivalent de 0,12$ canadien, sont empilés sur ce qui fait office de comptoirs dans la rue comme dans le souk. Et la traite des femmes n’y échappe pas…..à la blague ou en réalité on entretient le mythe, on a voulu m’acheter pour 450 chameaux et….une chèvre..ça doit aider à trancher la négociation...enfin on s’est permis de tenter cette transaction avec mon partenaire de voyage……quand on achète il faut bien trouver le vendeur à qui appartient la chose..
Le site de Gizeh, celui des pyramides, regorgent de chercheurs de bakchichs. Ces pyramides offrent, comme on s’y attend, un site gigantesque et fabuleux. À la sortie on y est entraîné dans une boutique à parfum, arnaque pour touristes non avisés ou, expérience intéressante pour aller boire un shay ou un carcadet(thé à la fleur d’ibiscus). Toutes les odeurs sont produites à base d’huile et offertes dans des petits pots que l’on croirait issus directement du trésor de Thoutankamon.
Dès l’arrivée à Louxor, l’embouchure du Nil offre une vue magnifique. La Vallée des rois est l’art le plus mémorable que mes yeux ont eu l’occasion d’adorer jusqu’à présent; les sites sont superbement conservés et restaurés. Cet immense lieu de sépultures se trouve dans l’antique nécropole de Thèbes, capitale du Nouvel empire. Il renferme des centaines de tombes dont plusieurs n’ont pas été localisées. De celles fouillées par les chercheurs, quelques unes à la fois sont ouvertes au public afin de préserver les parois de ces tombes pharaoniques. La plus impressionnante que nous avons visitée est sûrement celle de Thoutmosis III; les hiéroglyphes d’une grandeur imposante et toujours en relief, les représentations du monde de l’au-delà, de ces barques qui nous y amènent, y sont encore incroyablement apparentes, presque réelles. Le mystère de cette vallée semble nous coller à la peau comme un halo étoilé. Si ces demeures d’éternité sont un hymne à la vie dans cette transcendance de la mort, les Égyptiens ont pour seul souhait de les faire revivre.
Enfin, les points de plongée de la mer rouge, Blue Hole, les coraux et les poissons perroquets colorés que l’on voit simplement à s’aventurer sur le rivage, la chicha à saveur de pommes, les amoncellements de coussins colorés et entourés de murs en tissus qui incitent à la farniente me font croire qu’Aladin pourrait bientôt sortir de sa lampe pour envelopper ce qui m’apparaît un vrai club med Bédouin…c’est absolument magique. Et pour choquer nos valeurs, se remettre en question, apprendre sur les autres, mais aussi sur soi, c’est toute une destination de choix.