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MAROC-VUE DE TARIFA
Texte paru le 2006-01-01 dans Karactère

Assise face au détroit de Gibraltar, cette mer de dauphins qui sépare le Maroc de l’Espagne, le baladi du flamenco, le couscous de la paella, l’Orient de l’Occident de Jules César, mais crée tout un mélange dans les mœurs ici à Tarifa, j’y ai la plus belle vision du pays que je m’apprête à découvrir…

L’arrivée au port fourmillant de Tanger frise l’anarchie, nous prenons rapidement le train direction Rabat. C’est pendant ce parcours que nous faisons la connaissance de Mustapha et sa famille qui nous invite ce soir là, bonheur pour notre plaisir de la découverte, à dîner chez sa sœur. Et, arrivée tardive marquant cette invitation, Samira est tirée du lit pour nous préparer ce dîner... Omelette servie directement dans la tagine. Nous mangeons, pour la première fois, avec les trois doigts de la main droite pour plaire à nos hôtes et remercions Dieu, bismillah, pour le repas. Rituels qui peuvent être embarrassants pour qui n’en maîtrise pas les subtilités. Utiliser la main gauche s’avère très mal poli puisqu’elle est réservée à l’hygiène de la toilette; lorsque tout le monde se sert dans le même plat il est aisé de comprendre les nécessités de l’hygiène!

Un périple jusqu’à Marrakech nous fait vivre une expérience pour le moins inattendue lorsque nous acceptons l’invitation d’aller « en boîte » ce soir là. Quel spectacle. La femme marocaine est controversée, côtoyant le hidjab musulman et l’habillement sexy et collant sur la peau, elle se dit en émancipation. Samira, qui a un travail et qui considère être choyée puisque son frère est éduqué, nous dit que la situation de la femme est encore périlleuse au Maroc, les femmes sont sous le joug du mari, du frère, du fils ou même des oncles. Le nouveau code de la famille adopté en 2004 est tout à fait récent et reconnaît dorénavant aux femmes la possibilité d’être autonome(l’obéissance de l’épouse au mari est abolie, la femme n’a plus besoin de tuteur pour se marier, la répudiation n’est plus le droit qu’exclusif à l’homme, elle peut demander le divorce, …). C’est un pas vers la reconnaissance sociale de la justice si l’on considère, par exemple, qu’auparavant une femme pouvait se faire répudier sur le champs par son mari, en revanche si celle-ci voulait prouver qu’il la bat, il lui fallait trouver douze témoins prêts à témoigner devant le juge, faute de quoi sa demande en divorce était refusée. Il ne reste plus qu’à espérer que l’application de cette réforme soit aussi un gage de la reconnaissance de cette dite égalité.

Mais il y a des choses qui ne changent pas au Maroc et si marchander y est un art, il vaut mieux sortir l’artiste en vous si vous prévoyez être tenté par l’expérience, masque berbère en bois de tuya à l’appui! C’est pratiquement en se faisant héler gazelle que l’on apprend! La sortie du souk et donc de la médina de Casablanca offre une vue imprenable sur ce qu’est la mosquée Hasan II, deuxième plus grande mosquée après la Mecque, elle a un regard sur l’Atlantique. Des incontournables : les tajines en céramique de Fès, le couscous à l’agneau et au pruneau, le thé à la menthe et le retour vers Tarifa. Nouer la boucle de cette manière puisque l’odeur du vent alimenté par la mer y est si apaisant pour qui veut retrouver la quiétude laissée dans le brouhaha d’un tel périple et parce que l’envie de revoir un coucher de soleil dans le détroit persiste puisqu’il reste, de toute façon, imprégné comme une révélation…


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