La Guadeloupe fait face, en biais, à l’Afrique de l’Ouest, justement là où les négriers en partance pour le Nouveau Monde ont créé une nouvelle ère…
Kakukera, l’île aux belles eaux, comme l’avaient baptisée les indigènes, est formée de deux îles principales toutes les deux aussi contrastantes que dièse et bémol. Basse-Terre est réputée pour sa chaîne de volcans dont le point culminant, la Soufrière, est toujours actif. La vie tropicale y est parsemée de chutes aux eaux sulfureuses. Pointe-à-Pitre, la capitale, sépare les deux îles du territoire, la vie y est grouillante et colorée, notamment au marché aux mille épices et celui aux poissons. C’est le musée Schoelcher que l’on aperçoit au buste monstre du bienfaiteur qui vaut le déplacement. Pour mieux comprendre. Le musée rappelle l’esclavage dont fut victimes des milliers et des milliers d’Africains de l’Ouest; les colliers de forçats trouvés sur la plage des raisins à Saint-François ou encore les boulets avec des mini-chaînes qui évoquent la mince liberté d’action, si on ne parle que de la liberté physique, remémorent une période triste à imaginer. C’est la région de Haute-Terre, vers Gosier et Sainte-Anne, qui permet d’assimiler l’histoire. Si la plage de sable blanc tellement fin et l’eau bleu turquoise tellement claire nous amène les plus beaux rêves, il faut absolument se rendre jusqu’à Pointe-des-Châteaux là où le paysage nous envahit du voile des alizés omniprésents qui nous entraînent dans le son du ressac que l’on entend se fracasser sur les rochers : on peut de ce point de vue comprendre pourquoi Scylla a séduit Ulysse.
Aujourd’hui la Guadeloupe sourit, même au moment de la journée de la Bastille, fête nationale, on trinque avec quelques coups de ti-punch : merveilleux rhum au jus de lime fraîchement pressé. On y sacrifie pour l’occasion un cabri. Il faut tenter l’expérience des acras de morue qui sont de succulents beignets frits, les ouassous ou les merveilleuses poyos : bananes-figues, gardez votre scepticisme pour le condiment de la sauce chien, une spécialité qu’il faut absolument tenter, mais servie à toutes les occasions : ce sont des piments broyés et marinés et marinés, mais il y a la langouste bien sûr, un incontournable au pays des Antilles. Les créoles sont charmants et très vivants, ils nous hèlent pour nous vendre leurs potions au marché, potions magiques bien sûr, « pour le couchi couchi », pourquoi pas?, une joie de vivre contagieuse…
La Guadeloupe c’est aussi les îles Marie-Galante et Les Saintes au large. Des dizaines et dizaines d’immenses iguanes, le château de Joséphine toujours fier défiant l’Atlantique. Ici même, notre « guide » créole entonne une chanson sortie de mon répertoire de bivouac québécois, si l’expérience des « jeannette » me suit toujours, je ne peux que convenir que nos souvenirs et notre histoire s’ils ne sont pas identiques, sont similaires, nous nous ressemblons, si près comme si loin: « …..mon p’tit coin de bananier où je suis né-é-é-e, zimboumba, zimboumba, mon pays si joli de la Guadelou-ou-pe ».